Responsabilité du fabricant

RC Pro prothésiste dentaire : ce dont vous répondez

Vous ne touchez jamais le patient : vous fabriquez, sur prescription. Votre responsabilité ne porte donc pas sur un soin, mais sur la conformité de ce que vous livrez — et sur la frontière, rarement écrite noir sur blanc, entre votre travail et celui du chirurgien-dentiste.

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RC Pro prothésiste dentaire
Exigée par les cabinets
Indispensable
la responsabilité du producteur
Art. 1245 c. civ.
la déclaration de conformité
Annexe XIII
garantie subséquente minimale
5 ans

Ce dont répond un prothésiste dentaire — et ce dont il ne répond pas

Le point de départ est statutaire : le prothésiste dentaire est un artisan fabricant. Il ne pose rien, ne diagnostique rien, n'examine personne.

La réponse ministérielle du Sénat (QE n° 22294) le formule sans ambiguïté : la profession ne relève pas du code de la santé publique, elle dépend du ministère chargé de l'artisanat, le prothésiste n'est pas un auxiliaire médical et il n'a pas d'accès direct au patient. Il intervient à partir des indications techniques, empreintes ou modèles fournis exclusivement par le chirurgien-dentiste.

Sa responsabilité est donc celle d'un fabricant : il répond du produit livré. Non-conformité à la prescription reçue, défaut de matériau, malfaçon, casse prématurée, erreur de teinte ou de morphologie, retard de livraison — voilà son terrain. Pas l'échec thérapeutique, pas le choix de la solution prothétique, pas la pose.

La RC Pro est-elle obligatoire ?

Pas par la loi, mais exigée en pratique

Aucun texte n'impose au prothésiste dentaire une assurance de responsabilité civile professionnelle : l'obligation de l'article L.1142-2 du code de la santé publique vise les professionnels de santé, ce qu'il n'est pas. Mais elle est réclamée partout : par les cabinets et centres dentaires avant de confier un travail, par le bail du local, par les appels d'offres des réseaux de soins et des centres mutualistes. Un laboratoire sans attestation de RC Pro perd des donneurs d'ordre.

La question que personne ne tranche : labo ou chirurgien-dentiste ?

C'est le litige central du métier. Une prothèse qui ne convient pas peut venir du laboratoire, du praticien, ou des deux — et la ligne de partage est juridique, pas technique.

Deux régimes cohabitent. Le laboratoire est un producteur au sens de l'article 1245 du code civil : il répond du dommage causé par un défaut de son produit, qu'il soit ou non lié par un contrat avec la victime. Le patient, qui n'a aucun contrat avec vous, peut donc agir directement contre vous — à charge pour lui de prouver le défaut.

Le chirurgien-dentiste, lui, répond d'une faute. La Cour de justice de l'Union européenne a jugé, le 21 décembre 2011 (affaire C-495/10), que la responsabilité du professionnel de santé qui utilise un dispositif préalablement acquis ne relève pas de la directive sur les produits défectueux : il n'en est pas le producteur. Sa responsabilité suppose donc la démonstration d'une faute dans la conception du plan de traitement, le choix de la solution, la prise d'empreinte, la pose ou le suivi.

Origine du problèmeQui répondSur quel fondement
Matériau non conforme, alliage inadaptéLe laboratoireDéfaut du produit (art. 1245 c. civ.)
Réalisation non conforme à la prescription écriteLe laboratoireInexécution contractuelle envers le praticien
Malfaçon, porosité, casse prématuréeLe laboratoireDéfaut du produit
Empreinte inexploitable ou impréciseLe chirurgien-dentisteFaute dans l’acte clinique
Plan de traitement inadapté, choix prothétique discutableLe chirurgien-dentisteFaute dans la conception du traitement
Défaut de pose, scellement, réglage de l’occlusionLe chirurgien-dentisteFaute dans l’acte clinique
Prescription imprécise suivie à la lettreLe chirurgien-dentiste, sauf devoir d’alerte du laboFaute du prescripteur
Votre meilleure défense est écrite

Dans ce type de litige, gagne celui qui peut produire un dossier. Conservez la prescription écrite reçue, la fiche de fabrication, les lots de matériaux utilisés, les échanges avec le praticien, et surtout vos réserves : si une empreinte est douteuse ou une prescription techniquement discutable, écrivez-le au cabinet avant de fabriquer. Un devoir d'alerte exercé et tracé déplace la responsabilité.

Dispositif médical sur mesure : conformité et traçabilité

Chaque prothèse est un dispositif médical sur mesure au sens du règlement européen (UE) 2017/745. Vous en êtes le fabricant, avec les obligations qui vont avec.

Règlement (UE) 2017/745

Annexe XIII — la procédure des dispositifs sur mesure

Le fabricant d'un dispositif sur mesure établit une déclaration (annexe XIII, section 1) qui accompagne le dispositif et est mise à la disposition du patient ou de l'utilisateur. Elle identifie notamment le dispositif, le prescripteur et les caractéristiques prescrites, et atteste de la conformité aux exigences générales de sécurité et de performance.

Le fabricant tient par ailleurs à la disposition des autorités la documentation permettant de comprendre la conception, la fabrication et les performances du dispositif, et met en place une surveillance après commercialisation.

Un dispositif sur mesure ne porte PAS le marquage CE

C'est une confusion courante. L'article 20, paragraphe 1, du règlement 2017/745 réserve le marquage CE aux dispositifs autres que les dispositifs sur mesure. Une couronne ou un appareil amovible fabriqué pour un patient donné n'est donc pas marqué CE : il est accompagné de la déclaration de l'annexe XIII. Un donneur d'ordre qui vous réclame un « marquage CE » sur une prothèse sur mesure se trompe de cadre.

Ce qui doit être tracé
Identification du dispositif et du patient, prescripteur, caractéristiques prescrites, matériaux et lots, étapes de fabrication, sous-traitants éventuels.
Cobalt
Depuis le 9 septembre 2021, un dispositif contenant du cobalt doit porter la mention signalant cette substance CMR.
Système qualité
Le règlement impose un système de gestion de la qualité et une surveillance après commercialisation, proportionnés à l’activité.
Pourquoi ça compte en assurance
Un dossier de traçabilité complet est ce qui permet de démontrer que le défaut ne vient pas de vous.

Sous-traitance et prothèses importées : qui répond du défaut ?

Faire usiner à l'extérieur ou importer une pièce ne transfère pas la responsabilité vers l'atelier qui a produit. Le laboratoire qui livre reste en première ligne.

Le laboratoire qui remet la prothèse au cabinet est celui que le praticien connaît, celui qui figure au dossier, et celui qui établit la déclaration de conformité. Qu'une partie du travail ait été usinée chez un confrère, dans un centre d'usinage industriel ou dans un atelier hors Union européenne ne change rien à cette position : la sous-traitance doit être identifiée dans la documentation, et le recours contre le sous-traitant reste une affaire entre vous et lui.

Pour les pièces venues de pays tiers, le règlement 2017/745 crée en outre un rôle d'importateur (article 13), assorti d'obligations de vérification et d'action corrective. Et sur le terrain de la réparation du dommage, la logique de la responsabilité du fait des produits défectueux fait peser la charge sur le fabricant, son mandataire et l'importateur.

Le scénario à anticiper

Un lot de couronnes usinées à l'étranger présente un défaut de matériau. Le patient et le cabinet se retournent vers le laboratoire français dont le nom figure sur le devis normalisé et la déclaration. Sans RC Pro couvrant expressément les produits livrés et la sous-traitance, la reprise des travaux et l'indemnisation des séances du praticien restent à votre charge, à charge pour vous d'aller chercher un atelier situé hors UE.

À faire vérifier au contrat

Trois clauses décident : la garantie « RC après livraison / produits livrés », la couverture explicite de la sous-traitance, et la territorialité — un contrat limité à la France peut poser problème dès lors qu'une partie de la chaîne se situe ailleurs.

Ce que couvre — et ne couvre pas — la RC Pro du laboratoire

Couvert par la RC Pro
  • Dommage causé par une prothèse non conforme ou défectueuse
  • Reprise des travaux et frais consécutifs chez le praticien
  • Dommages corporels consécutifs à un défaut du produit livré
  • Dommages aux biens confiés par les cabinets (selon extension)
  • Défense en cas de réclamation, expertise et procédure
Hors RC Pro
  • Votre local, vos machines et votre stock (→ multirisque laboratoire)
  • La panne d’une machine et l’arrêt de production (→ bris de machine, perte d’exploitation)
  • La faute intentionnelle
  • Les pénalités contractuelles de retard purement financières, sauf extension
  • Vos revenus en cas d’arrêt de travail (→ prévoyance)
Code des assurances

Article L.124-5 — la garantie subséquente de droit commun

En base réclamation, la garantie couvre les réclamations formulées pendant un délai suivant la résiliation ou l'expiration du contrat. Ce délai ne peut pas être inférieur à cinq ans, et le plafond de la garantie subséquente ne peut être inférieur à celui de l'année précédant la résiliation.

Attention à une confusion fréquente : l'article L.251-2 du code des assurances, souvent cité pour la garantie subséquente de dix ans après cessation d'activité, se trouve dans le chapitre consacré à l'assurance des professionnels de santé et vise le dernier contrat conclu par un professionnel de santé mentionné à la quatrième partie du code de la santé publique. Le prothésiste dentaire n'en fait pas partie : c'est bien le droit commun de l'article L.124-5 qui s'applique à lui.

Pourquoi la subséquente compte ici

Une prothèse posée aujourd'hui peut être mise en cause des années plus tard. Si vous changez d'assureur ou cessez l'activité, ce sont les travaux déjà livrés qui restent exposés. Vérifiez la durée effective de votre reprise du passé à l'entrée du contrat, et de la garantie subséquente à la sortie.

Questions fréquentes

Questions fréquentes sur la RC Pro du prothésiste dentaire

La RC Pro est-elle obligatoire pour un prothésiste dentaire ?
Aucun texte ne l'impose : l'obligation d'assurance de l'article L.1142-2 du code de la santé publique vise les professionnels de santé, et le prothésiste dentaire n'en est pas un — il est artisan. Elle est en revanche exigée en pratique par les cabinets et centres dentaires, par le bail du local et par les appels d'offres.
Une prothèse qui casse engage-t-elle ma responsabilité ?
Si la casse vient d'un défaut du produit — matériau inadapté, malfaçon, porosité, non-conformité à la prescription — oui, au titre de la responsabilité du producteur (article 1245 du code civil). Si elle vient d'un défaut de pose, d'un réglage d'occlusion ou d'un plan de traitement inadapté, la responsabilité est celle du chirurgien-dentiste.
Le patient peut-il agir directement contre le laboratoire ?
Oui. L'article 1245 du code civil rend le producteur responsable du dommage causé par un défaut de son produit, qu'il soit ou non lié par un contrat avec la victime. Le patient doit toutefois prouver le défaut, le dommage et le lien entre les deux.
Mes prothèses doivent-elles porter le marquage CE ?
Non. L'article 20, paragraphe 1, du règlement (UE) 2017/745 réserve le marquage CE aux dispositifs autres que les dispositifs sur mesure. Une prothèse sur mesure est accompagnée de la déclaration prévue à l'annexe XIII, remise au patient ou à l'utilisateur.
Suis-je responsable d’une prothèse que j’ai fait usiner à l’étranger ?
Vis-à-vis du cabinet et du patient, oui : vous êtes le laboratoire qui livre et qui établit la déclaration de conformité, et le règlement 2017/745 crée en outre un rôle d'importateur pour les dispositifs venus de pays tiers. Votre recours contre le sous-traitant est une affaire distincte. Vérifiez que votre contrat couvre explicitement la sous-traitance.
La garantie subséquente de dix ans s’applique-t-elle à moi ?
Non. Le délai de dix ans de l'article L.251-2 du code des assurances concerne le dernier contrat d'un professionnel de santé mentionné à la quatrième partie du code de la santé publique, avant cessation d'activité. Le prothésiste dentaire relève du droit commun : l'article L.124-5 impose une garantie subséquente d'au moins cinq ans.
Pour aller plus loin

Pour aller plus loin

Couvrez ce que vous livrez sans zone grise

Une RC Pro de fabricant, produits livrés et sous-traitance compris.